Sans titre. Photo André Houllier, 2017.

une histoire de famille

En 1942, ma grand-mère reçut une carte postale de l’un de ses frères, prisonnier de guerre en Allemagne. «Rue Boussole Envoi», l’adresse ainsi complétée passa au travers des filets de la censure.


Elle se rendit chez le charcutier qui était un ami. Celui-ci prit soin de placer la petite boussole à l’extrémité d’un saucisson. On se doutait que le saucisson allait être coupé en deux pour vérification mais le charcutier malicieux comptait sur le sens de la discipline désormais légendaire du soldat allemand qui ne manquerait pas de lui dicter une parfaite découpe en deux parts égales du saucisson.


Libéré le 15 juin 1945, Alexandre rentra au pays où il fut accueillit en héros. La boussole lui était bien parvenue mais hélas, il n’en avait eu aucune utilité. Il tenta bien de s’évader en se glissant dans le camion poubelle du Stalag mais un coup de baïonnette fouillant au hasard les ordures avait eu raison de son courage.


Le 1er juillet on le vit aux abords d’une plage située non loin de Casablanca. Sur son torse dénudé et pâle, il arborait une cicatrice vermillon qui resplendissait au soleil.


C’est là, 15 jours après sa libération, que des vagues mauvaises l’emportèrent vers les rochers où il perdit connaissance et se noya.