«Parce que nous nous montrons incapables d’envisager une écriture qui puisse supposer un destin autre que la fabrication d’un livre, la diffusion d’un chef-d’oeuvre destiné à intimider les contemporains, l’augmentation du renom de l’écrivain, le développement de son ego.»

oeuvre1visible

Artistes sans oeuvres I would prefer not to, Jean-Yves Jouannais. Page 111, Éditions Gallimard 2009.

«Dans les années 70, Elton John est une star, une méga star. Il représente alors, à lui seul, 3% des ventes mondiales de disques.»

Pascal Nègre PDG Universal Music France in Elton John, a singular man. Réalisation Christian Wagner - Arte 2015.

«J’ai constaté qu’il devenait de plus en plus important de prendre de manière permanente conscience du contexte dans lequel on expose, on vit. De le déterminer, de construire un réseau, joue un rôle tout à fait névralgique pour l’artiste. J’y travaille à présent. Il ne suffit pas d’établir ce contexte et cette interdépendance, mais plus encore de le rendre visible, d’en témoigner sans relâche.»

Martin Kippenberger, 1994. Relevé d’un cartel extrait d’une exposition au Centre Pompidou-Metz en 2017.

«Quelle galerie vous représente? Aucune? (silence). Vous faites partie de ces artistes qui ne veulent pas exposer?... Non, sinon vous ne seriez pas ici.»

Question-réponse de Clément Chéroux en 2016, alors que je lui présentais la maquette de mon livre Le parlant & la  muette.

«Mon amie Anne-Marie Miéville dit qu’elle respecte le cinéma, comme ça... comme art, comme ça... mais il y a quelque chose de très triste, un profond renoncement à l’essentiel et pourtant on renonce et on continue. On veut Kim Novak et elle est pas libre, on veut qu’il y ait du soleil et il y en pas, y a rien... Moi, j’ai toujours renoncé à tout et pourtant continué.»

Jean-Luc Godard, discussion avec Stéphane Zagdanski autour de son livre La mort dans l’oeil en 2004.

Je ne sais pas ce qui m’a pris mais je suis me suis approché d’elle et je lui ai glissé à l’oreille «Je vous ai reconnu». Elle m’a regardé, derrière ses lunettes de soleil et m’a demandé si nous nous connaissions. J’ai répondu que non, que je l’avais croisé un soir au théâtre, reconnu parmi les spectateurs puisqu’elle est connue comme actrice et réalisatrice. Nous avons bu un café, elle m’a demandé qui j’étais et fatalement, je lui ai dit que j’étais peintre. Quelques heures plus tard, j’ai réalisé que j’avais mal orthographié l’adresse de mon site que je lui avais griffonée sur un bout de papier.

Rencontre avec Nicole Garcia dans le wagon bar d’un TGV.

Oh là! s’est-il exclamé en déchiffrant l’adresse de mon site et il m’a dévisagé de la tête aux pieds comme pour mieux mesurer l’orgueil démesuré qui était censé m’habiter.

Première rencontre avec M. professeur d’histoire de l’art.

«Quel est le taux de viralité de l’URL de ton site? Son audience, sa fréquentation si tu préfères. Le référencement, tu y as pensé? Quels sont tes mots clefs? Comment ça aucune idée? Tu pars de loin, je vais pas te mentir.»

Échange avec S. un spécialiste de la question.

oeuvre1visible?

Présence Panchounette, quel nom! Connais pas mais quel nom, inoubliable! Si, un souvenir, un seul. La une d’un magazine dans les années 80. Drôle, vraiment drôle, la bête empaillée avec des gants Mapa. Mapa, je connais, même très bien. J’ai travaillé pour eux, dans leurs bureaux derrière le quartier de la Défense, un bistrot au kilomètre carré. Innovation : serpillière, balai, seau, quoi de neuf ? Pondre des idées de gants, avec des fleurs, des nuages, des arcs-en-ciel pour relancer l’envie de combattre la saleté qui résiste, résiste, résiste. Le mot résistance partout, en gros titre, dans les petites annonces, les cartels des expositions.


Moi, on ne m’a jamais mis un flingue sur la tempe en me demandant de donner les noms des copains. Mais pour être une «donneuse», il faut avoir quelque chose à dire. Comment dire en peinture?

Ce n’est pas un reflet mais de l’eau dans les yeux qu’il te faut pour te mirer Narcisse.

Que la question de l’œuvre invisible se pose en termes d’ambition ou de frustration, de malchance ou de hasard, de talent ou d’opportunisme, il faudra bien trouver une réponse à : Que faire d’une œuvre inconnue du système, dépourvue de valeur pécuniaire après le décès de son auteur ? (Extrait de i43)

Pourquoi nommer mon site oeuvre1visible ? Pourquoi me cacher si je sais que pour donner une chose à voir, il faut nécessairement la promouvoir en donnant de sa personne ? 1 visible : est-ce que je ne donne pas suffisamment de moi-même à voir dans ma peinture ? Trop, me reproche parfois un ami pour me rappeler à son bon souvenir.

  1. -Mais ze ne suis pas comme elle. L’arzent, ça m’est égal. Ze veux vivre pour mon art.

  2. -Moi, j’ai besoin d’argent. Une fois qu’on a de l’argent, on peut faire ce qu’on veut.

  3. -Mais Morris, est-ce que tu ne crois pas qu’on peut tout faire si on le veut sérieusement ? Moi, ze crois que si.

  Il l’enlaça de son bras libre. Peu à peu elle posa la tête sur son épaule : «Oh! ça m’est égal» murmura-t-elle, 

  les lèvres sèches.

Manhattan Transfer, John Dos Passos. Éditions Folio, page 206.

1 ego

1 représentation

1 stratégie

  1. -On raconte que Méliès aurait inventé son premier trucage parce que sa caméra s’était enrayée. Et s’il avait tout simplement piqué un petit roupillon entre deux prises ?

  2. -Combien d’images se succèdent en toi, entre le moment où tu ouvres, fermes et rouvres les yeux ?

i47 - 2010. Séquence 17 : état des lieux, faire plier les images à une théorie.

i54 - 2010. Séquence 17 : état des lieux, faire plier les images à une théorie.

i43 - 2010. Séquence 17 : état des lieux, faire plier les images à une théorie.

1 business plan

i39 - 2010. Séquence 17 : état des lieux, faire plier les images à une théorie.

Schéma des liens supposés entre les images i1 à i38.

Il m’a fallut des années pour roder mon petit manège. Du genre laborieux, attaché à l’idée que mes préoccupations intimes, les paysages préconçus et les signes abstraits qui me traversent, se répètent et se réinventent au gré du temps, finissent par trouver une raison d’être qui leur est propre.

1 production

En marge. 24 pages, format ouvert 21 x 42 cm - 20 exemplaires - 2015

1 raison de se lever le matin

1 récit

Ton écriture tend à poser, dèjà dans la forme, la portée même d’une écriture propre à une mise en images du récit. Ton écriture est transductive, tu écris tes errances, tes questions en convoquant tes vécus au quotidien que tu mets en scène souvent drôlement (tu te moques de toi même). Le temps de ton récit est un temps ouvert, une temporalité qui semble interroger la personne dans la multiplicité de ses appartenances. L’enfant peut venir donner son sentiment tout en laissant la parole au peintre, voire au théoricien des images... en donnant enfin le dernier mot à l’adolescent frustré que tu as pu être parfois.

Isabelle Houllier, extrait d’une lettre à mon attention.

«Dans le monde de l’art, institution et marché, il est de coutume d’évaluer la carrière d’un jeune artiste à l’aune de la règle des «3 x 5». L’artiste se devant d’être avant tout un innovateur, on considère que sa vocation naît à 20 ans. Il dispose alors de 5 ans pour se faire connaître de ses pairs, de 5 autres années pour être remarqué par la critique et de 5 encore pour atteindre le public. Cette règle tacite situe donc la réussite vers 35 ans, ce qui est d’ailleurs la limite d’âge maximum pour la plupart des bourses et aides institutionnelles.»

Une brève histoire de l’art contemporain, Camille Saint-Jacques. Page 128, éditions L’oeil Neuf - 2007

Produire c’est toujours faire parler les chiffres comme la poudre, sans quoi la quantité ne saurait évaluer la qualité avec le même bonheur.

Parce que je m’attends à recevoir un compliment, parce que le plus souvent, je ne vois que ce que je m’attends à voir. Comme ce matin d’hiver et ce bus qui ne vient pas, ce bus que j’espère, que je devine si fort et  que je confonds avec le premier camion venu à force de me morfondre.

Pro-mou-voir, schéma heuristique - 2017

RE : Nous nous sommes vus à La Belle Absente, dimanche dernier

Julien Sirven

Envoyé : lundi 9 février 2015 15:58


Salut André,


J’ai eu le temps de regarder tes peintures ce week-end, et en fait tu vas peut-être trouver ça bizarre ou pas du tout à propos, mais ton travail me fait penser à celui de Kippenberger, dans le sens où ça prend de multiples directions, sans que l’on sache exactement où tu nous emmènes, mais toujours avec le même véhicule.

Est-ce la raison pour laquelle tu utilises souvent le même format ?


D’autre part, je trouve que ton travail est crypté, mais je n’arrive pas à savoir si c’est naturel ou forcé. C’est d’ailleurs sans doute (pour moi) le plus intéressant, à savoir que je n’arrive pas, en regardant ta peinture, à évaluer le degré d’inconscience qui l’a produite. Comme si le fait de ne pas savoir s’il s’agit d’une forme d’art brut (dans le sens non-éduqué, non-informé) ou si au contraire il s’agit d’un art très savant (et évidemment) je penche pour cette hypothèse, vu le nombre de textes inclus sur ton site), faisait qu’il se crée une sorte de barrière psychique qui met qui met une distance entre le regardeur et les images, et qui fait qu’il ne sait plus s’il doit regarder à la loupe ou à la jumelle, ou au microscope.


Voilà, enfin, tu auras compris que je trouve cela fort instructif et que j’espère avoir prochainement de voir tout ça «en vrai» comme on dit...


À bientôt,

Julien

1 discours

«Additionner des points de vue hétérogènes ne peut pas se justifier par la seule complexité du réel.»

Frédéric Lordon à Thomas Piketty en compagnie de Frédéric Taddeï.

1 rencontre

Pourquoi ajouter une image aux images si je ne doute pas du réel, si je ne me force pas à croire à un ailleurs, ne serait-ce qu’un autrement, si je n’espère pas un jour, savoir quelles sont les limites de mon champ de vision? Si seulement je pouvais répondre en peinture à cette question à rallonge, serais-je plus présentable ?

On reparle de Présence Panchounette dans Arts Magazine en novembre 2012.

« Sébastien, le lead guitariste, avait choisi de tout faire exploser le jour où un type de Virgin leur avait parlé de contrat. Pour la pureté. (...) Pas de compromis, pas de plan de carrière. Que du rock et de la pureté. Il avait envie d’un hobby qui le fasse se sentir radical le soir, après les heures de taf. (...) Sébastien avait le goût de la pureté qu’ont les petits bourges obéissants qui s’octroient un espace rebelle.»

Vernon Subutex de Virgine Despentes. Le livre de poche 2015, page 54.

J’ai nommé mon site œuvre1visible parce que j’aime et que l’on m’aime déjà, parce que je gagne bien ma vie et que je ne sais pas ce que c’est que d’avoir faim, parce que je suis orgueilleux et qu’on ne m’a jamais mis un flingue sur la tempe en me demandant de choisir entre nécesssité et paresse. Dans ces conditions, quelles aventures de divan pourrais-je raconter pour rendre plus désirable aux yeux des autres, l’objet de mes errances artistiques?

Lettre à Elisabeth Gault, 24 août 2017.

1 vision

i24 - 2008. Séquence 5 : champ-contechamp, Ernst Gombrich.