Sans titre. Photo André Houllier, 2018.

l’histoire d’une vocation

«Avant de devenir écrivain, il faut avoir vécu mon petit, pour espérer avoir quelque chose à écrire.» lui expliqua son professeur de TPE (travaux pratiques encadrés), qui transpirait abondamment et était enclin à des sautes d’humeur que ses élèves attribuaient en rigolant à sa consommation d’alcool, plutôt qu’aux affres obscurs de la vie d’un enseignant.


En grandissant, il chercha l’aventure dans l’activité clandestine de bookmaker et dût être amputé du pouce de la main droite après qu’un combat de chiens eut mal tourné. Il fut placeur dans un cinéma et la retardataire qu’il conduisit dans l’obscurité, (car la projection du film Vera Cruz était commencée depuis 5 bonnes minutes), devint  sa femme. Il avait beau se vanter d’être un cinéphile depuis qu’il travaillait dans ce qu’il appellait «le milieu», cette insouciante, si peu respectueuse d’un film (pourtant prisé par la critique des Cahiers du Cinéma), lui plût tout de suite.


Il crut voir dans cette rencontre, un signe du destin. Les débuts prometteurs d’une histoire à creuser, avec sa franche tournure psychologique, ses hauts, ses bas et son lot de contradictions qui seul pouvait donner, selon lui, à un lecteur le sentiment de la vie qui vous bouscule entre les pages d’un livre.


On ne sut rien des raisons de leur divorce. Sa femme disparut un beau jour de 1957 avec leur fils âgé de 3 ans et il dut se contenter d’une carte postale en provenance de La Havane ornée d’une magnifique Cadillac rose fuchsia, l’informant que l’espagnol était désormais la langue maternelle de Roberto* et la Révolution, la raison d’être de sa maman.


À nouveau libre et ouvert à toutes les opportunités, ce qu’il clamait haut et fort dès qu’il buvait plus que de raison, il tenta de se reconvertir dans les assurances mais le pouce qui lui manquait à la main droite, l’empêchait de conclure comme il se doit, un contrat par une franche poingée de mains. Il s’essaya alors à la vente de produits canins et fut classé parmi les meilleurs vendeurs, on comprend pourquoi. Ce qui fit dire à son patron qu’il avait enfin «trouvé sa voie» et ce compliment le rendit encore plus malheureux. On comprend toujours pourquoi. Il quitta son emploi sans donner la moindre explication.


Une rumeur prétendit qu’il fut capturé par Le Che en personne, lors de l’opération désastreuse de La baie des Cochons qui eut lieu en 1961. Il se serait miraculeusement évadé en se cachant dans le camion poubelle qui faisait la navette entre le camp de prisonniers et une décharche sauvage qui avait une vue exceptionnelle sur le large. Mais de cet exploit, il ne voulut rien écrire dans ses mémoires malgré les demandes répétées de son éditeur qui flairant là, un futur Blockbuster, imaginait déjà Steve Mc Queen dans le premier rôle.

* Son vrai prénom était Robert et non pas Roberto, en hommage à Robert Aldrich, le réalisateur de Vera Cruz.